Demander l’asile en France

5. Le recours contre une décision de refus de l’Ofpra devant la CNDA

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[ Dernier ajout : 31 août 2021 ]

Si votre demande d’asile est rejetée par l’Ofpra, vous pouvez faire un recours contre cette décision devant la Cour nationale du droit d’asile (CNDA). Le recours doit être déposé dans un délai d’1 mois à partir du jour où vous recevez la décision.

Nouveauté : avec la mise en place de l’espace personnel numérique sécurisé – https://www.ofpra.gouv.fr –, c’est à partir de la date et de l’heure de la première consultation de la décision de rejet de l’Ofpra par son destinataire, ou de l’absence de première consultation dans un délai de 15 jours à compter de la mise à disposition de ce document, qu’est établi l’« accusé de réception ». C’est à partir de cette notification que commence le délai du recours.

Attention ! Il est possible que l’Ofpra continue pendant quelque temps d’envoyer des lettres recommandées pour notifier le rejet de la demande d’asile. La lettre doit alors être retirée au guichet de la poste dans les 15 jours suivant le dépôt de l’avis de passage par le facteur. Sinon, la lettre est renvoyée à l’Ofpra mais la date à prendre en compte pour le recours sera bien celle de la présentation du pli recommandé non retiré.

A. La demande d’aide juridictionnelle (AJ)

Ce n’est pas obligatoire mais il est conseillé de prendre un avocat. Vous pouvez demander l’aide juridictionnelle pour avoir un avocat gratuit. Il faut faire la demande auprès de la CNDA, bureau d’aide juridictionnelle, 35 rue Cuvier 93558 Montreuil-sous-Bois cedex.

Vous pouvez remplir un formulaire d’AJ ou faire la demande sur papier blanc. Cette demande peut être adressée par fax au : 01 48 18 43 11. N’oubliez pas de joindre la copie de la décision de refus de l’Ofpra.

La demande d’AJ doit être impérativement réceptionnée par le bureau d’aide juridictionnelle dans le délai de 15 jours suivant la notification de la décision de l’Ofpra. Passé ce délai, vous ne pourrez plus demander l’AJ, et ce, même lors de l’introduction du recours.

Ce délai de 15 jours court à partir de l’« accusé de réception » établi sur le portail sécurisé de l’Ofpra – www.ofpra.gouv.fr – et qui correspond soit à la date et à l’heure de la première consultation de la décision de rejet par son destinataire sur son espace personnel, soit à l’absence de première consultation dans un délai de 15 jours à compter de la mise à disposition de ce document.

En cas d’envoi de la décision par courrier, le délai court à partir de la date de distribution du recommandé (www.csuivi.courrier.laposte.fr/suivi).

La demande d’AJ est suspensive du délai de recours : le délai de 1 mois s’arrête pendant que le bureau d’aide juridictionnelle statue sur votre demande, mais il recommence à courir à partir de la date de la notification de la décision statuant sur votre demande d’AJ.

Par exemple : la décision de refus de l’Ofpra est notifiée le 1er février 2021 et la demande d’aide juridictionnelle est introduite le 7 février 2021, soit 6 jours plus tard, ces 6 jours sont à déduire du délai de 1 mois pour introduire le recours. Si le bureau d’aide juridictionnelle rend la décision accordant l’AJ le 1er mars 2021, le délai pour introduire le recours reprend à cette date et sera donc de 25 jours puisque 6 jours ont déjà été écoulés (1er au 7 février).

Par précaution, il vaut mieux introduire le recours le plus rapidement possible ou au moins dans les 15 jours suivant la notification de la décision d’aide juridictionnelle. Le bureau d’AJ désignera un avocat qui vous assistera durant toute la procédure. Vous pouvez également choisir votre propre avocat si celui-ci accepte d’être réglé par l’aide juridictionnelle. Il faudra prendre rapidement rendez-vous avec lui pour qu’il puisse faire la demande d’AJ et le recours.

B. Le recours

Le recours doit être introduit dans le mois qui suit la notification ; passé ce délai de 1 mois, plus aucun recours n’est possible.

Le recours doit être rédigé en français et adressé à la CNDA par lettre recommandée avec accusé de réception ou par fax (01 48 18 44 20). Vous pouvez aussi le déposer directement sur place, au greffe de la CNDA. Votre avocat peut aussi utiliser Cndém@t.

Le recours doit obligatoirement indiquer vos nom et prénoms, date et lieu de naissance, nationalité et adresse.

Si vous ne souhaitez pas être entendu en visio-audience (par écran interposé sans vous rendre à la CNDA), il faut le mentionner dans le recours et demander explicitement à être entendu dans les locaux de la CNDA à Montreuil (Seine-Saint-Denis, 93).

Le recours doit expliquer les raisons pour lesquelles vous contestez la décision de l’Ofpra.

Il faut apporter des réponses aux éléments contestés par l’Ofpra, signaler les oublis, détailler vos activités politiques par exemple ou reprendre la chronologie contestée dans la décision de l’Ofpra, rectifier des données erronées dans la demande écrite ou lors de l’entretien à l’Ofpra, etc.

Vous pouvez envoyer des pièces ou des documents complémentaires jusqu’à la date de clôture de l’instruction indiquée sur la convocation, par lettre recommandée avec accusé de réception ou par fax (01 48 18 44 30). Vous devez rappeler le numéro d’enregistrement du recours sur votre courrier.

Si vous avez un avocat, demandez-lui s’il faut ou non ajouter des documents dans le recours. Les juges de la CNDA les examineront attentivement : notamment leur date, leur auteur, les moyens par lesquels ils ont été obtenus. Ils vous poseront des questions sur ces éléments.

Vous pouvez, par exemple, ajouter des documents établis dans votre pays ou en France, qui confirment vos craintes en raison d’une activité politique ou d’une situation donnée (preuves de militantisme, pratique d’une religion, relation homosexuelle en France, etc.).

Vous pouvez également envoyer des certificats médicaux qui attestent de blessures ou de cicatrices. Les juges en tiendront compte.

Remarque : ne joignez pas de pièces sans rapport avec la demande de protection, par exemple, un certificat médical prouvant que vous êtes malade ou des preuves de votre intégration en France. Si le document complémentaire vous a été envoyé par un tiers et que vous doutez de son authenticité, il est préférable de ne pas le mettre au dossier.

Vous devez faire traduire en français les pièces en langue étrangère. Si vous remettez des extraits de rapports d’associations ou des articles de presse sur la situation dans votre pays, il est préférable de les traduire en français (traduction libre) ou en anglais. Les documents judiciaires et d’état civil doivent être traduits par des traducteurs assermentés (traduction payante). Les juges peuvent prendre en compte les traductions libres, mais si ces documents sont importants pour votre récit, il est préférable de les faire traduire par un traducteur assermenté. Vous pouvez obtenir une liste de traducteurs auprès des tribunaux ou d’associations. Quand vous avez déposé votre recours, la CNDA vous envoie une attestation avec un numéro de dossier qui vous permettra de renouveler votre attestation de demande d’asile.

En principe, le recours devant la CNDA est suspensif : vous ne pouvez pas être renvoyé dans votre pays avant que la CNDA prenne sa décision. Toutefois, dans certains cas, ce recours n’est pas suspensif lorsque le droit au maintien sur le territoire est refusé (fiche n°4).

C. L’audience

Si vous êtes placé en procédure normale, la CNDA a 5 mois pour juger votre recours. Si vous êtes placé en procédure accélérée (fiche n°2) :

  • en plus du recours contre la décision de l’Ofpra, vous pouvez contester la décision de placement en procédure accélérée (faites-vous assister de votre avocat) ;
  • la décision sera prise par un juge unique dans un délai de 5 semaines. Toutefois, ces délais sont indicatifs.

L’audience est publique mais vous pouvez demander – si vous le jugez nécessaire – le huis clos (séance non publique), notamment si vous êtes mineur.

La CNDA se trouve en région parisienne (Montreuil, Seine-Saint-Denis, 93) : si vous habitez loin, vous devez prévoir les frais de transport pour assister à l’audience. La présence à l’audience est très importante. Le cas échéant, vous pouvez demander à la structure qui vous héberge si elle peut prendre en charge ces frais.

Attention ! Vous devez préparer l’audience avec votre avocat suffisamment à l’avance ; revenir sur votre récit d’asile, sur les points qui ont posé problème devant l’Ofpra et sur les craintes de retour dans votre pays d’origine au jour de l’audience. Si vous habitez en région parisienne, vous pouvez assister à des audiences de la CNDA pour vous rendre compte de leur déroulement.
Attention ! Les audiences pourront, dans le futur, se dérouler en vidéo-audience (c’est à- dire à distance) ; le demandeur d’asile, son avocat et l’interprète seront dans des locaux géographiquement éloignés et reliés par vidéo à la CNDA siégeant à Montreuil. La vidéo-audience n’est pas encore organisée sauf pour La Guyane, La Réunion et Mayotte. L’accord du requérant est nécessaire.

La décision de la CNDA est affichée au rez-de-chaussée de son bâtiment, à Montreuil, et envoyée par lettre recommandée 3 semaines après l’audience ou 1 semaine en cas de procédure accélérée.

Depuis la crise sanitaire, on peut prendre connaissance des décisions sur le site internet de la CNDA à la rubrique « rôles de lecture » à la date indiquée par la Cour, en cliquant sur le numéro de la salle dans laquelle vous avez été convoqué.

D. Si la CNDA vous accorde la protection

Si la CNDA vous accorde le statut de réfugié ou la protection subsidiaire, la préfecture doit vous délivrer un récépissé valable 6 mois, pour vous permettre de rester sur le territoire.

Si l’Ofpra vous a accordé la protection subsidiaire, vous pouvez contester cette décision devant la CNDA et demander le statut de réfugié. Vous ne perdrez pas pour autant la protection subsidiaire.

Remarque : vous pouvez trouver des informations sur les démarches à effectuer après l’obtention du statut dans un guide élaboré par le collectif Welcome Bordeaux.

E. Si la CNDA rejette votre recours

Le droit au maintien sur le territoire cesse dès la lecture en audience publique de la décision de rejet de la CNDA ou dès la notification de la décision si la demande a été rejetée par voie d’ordonnance (sans audience).

  • Vous pouvez faire un recours devant le Conseil d’État, dans un délai de 2 mois. Cependant, ce recours n’est pas suspensif. Le Conseil d’État ne réexamine pas votre récit d’asile mais seulement si les règles de procédure ont été correctement appliquées par la CNDA.
Remarque : Ce recours est assez difficile à faire et a peu de chance de réussir. De plus, il vous faudra payer un avocat au Conseil, plus cher (l’aide juridictionnelle est alors très difficile à obtenir).
  • Vous pouvez faire une demande de réexamen de la demande d’asile si vous pouvez apporter un élément nouveau : soit un élément intervenu après l’audience à la CNDA, soit un élément dont vous n’aviez pas eu connaissance avant l’audience, soit un nouvel élément de preuve relatif à un fait contesté dans la première demande. Un fait nouveau doit être pertinent et doit renforcer vos craintes personnelles de persécution.
    En cas de demande de réexamen, vous devez vous rendre directement à la préfecture (sans passer par la Spada) pour faire enregistrer cette demande. Dans ce cas, il est conseillé de préparer son récit avant de faire ces démarches car le formulaire Ofpra devra être remis dans les 8 jours suivant l’enregistrement de la demande de réexamen. Si le récit n’est pas convaincant et ne met pas en avant d’éléments nouveaux, l’Ofpra pourra prendre une décision d’irrecevabilité sans vous convoquer à un entretien.
    Si l’Ofpra rejette à nouveau la demande, un nouveau recours devant la CNDA est possible dans un délai de 1 mois.

F. Si vous êtes débouté de l’asile

Si la CNDA a rejeté votre demande, la préfecture prend automatiquement, et sans même attendre la notification de la décision de la CNDA, une obligation de quitter le territoire (OQTF). Vous pouvez déposer un recours contre cette OQTF mais seulement dans un délai de 15 jours.

Si votre demande d’asile a été enregistrée après le 1er mars 2019 (date d’application de la loi n° 2018-778 sur le séjour des étrangers), la préfecture devra vous informer que vous pouvez faire une demande de titre de séjour en même temps que votre demande d’asile. Si vous ne l’avez pas fait, une demande de titre de séjour après que l’asile vous a été refusé ne sera que très exceptionnellement considérée comme recevable par la préfecture, car il faudra justifier de « circonstances nouvelles » pour demander votre admission au séjour.

Si vous aviez déposé à la préfecture une demande de titre de séjour sur un autre motif en même temps que vous avez déposé votre demande d’asile et si la préfecture refuse de vous accorder ce titre, elle vous notifiera une OQTF en même temps que le refus de titre de séjour. Parfois, elle attendra le rejet de la demande d’asile pour vous signifier une OQTF.

Dans ce cas, l’OQTF sera fondée sur le rejet d’asile et vous n’aurez que 15 jours pour la contester. Dans votre recours, il faudra développer des arguments liés à la fois au refus d’asile et au refus de séjour. Un juge unique statuera alors selon une procédure « accélérée » sur le refus de séjour et l’OQTF, et, en cas de rejet de votre recours, la mesure d’éloignement pourra être exécutée.

Rapprochez-vous, dans ce cas, d’une association spécialisée ou d’un collectif de sans-papiers

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Dernier ajout : mardi 31 août 2021, 12:42
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